Miss Mona

Miss MonaMiss Mona est un travesti solitaire, réfugié dans sa cinquantaine bien sonnée. Le trottoir le rejette et le monde de la nuit n’est plus à ses pieds. Conséquence, le mal de vivre est sa rançon quotidienne. Son rêve de jeunesse était de se faire aimer par des hommes, son plus cher désir est aujourd’hui de mourir en femme, de tenter «l’opération»… Consternant. Le réalisateur du très bon «Thé au harem d’Archimède» ne fait pas dans la dentelle. Son film est sordide et insupportable. La sensation de malaise inhérente est parfaitement restituée par une composition étonnante de Jean Carmet. Son personnage ne sombre jamais dans le théâtre de boulevard. Il est pitoyable et affligeant. Dommage que la réalisation ne soit pas à la hauteur. Le scénario oscille-entre fiction et documentaire, sans jamais véritablement se situer. On ne retrouve. pas l’image-choc version Depardon, ni la mise en scène de Chéreau d’ans «L’homme blessé». Les amateurs du genre jugeront par eux-mêmes…

La vouivre

Comme on vient de le voir dans « La vie et rien d’autre », il fallut plusieurs années, après la guerre de 14-18, pour identifier les disparus. Plusieurs mois après l’armistice, un jeune paysan, Arsène (Lambert Wilson) rentre ainsi au village alors que tous le croyaient mort. Il trouve la petite communauté bien agitée : la plupart des hommes valides manquent à l’appel, il ne reste que les femmes, les enfants, les vieux. Parmi eux, le fossoyeur, alias Requiem (Jean Carmet, égal à lui-même), affirme à qui veut l’entendre qu’il a vu une femme nue surgir de l’étang. On l’appelle la Vouivre, cette apparition légendaire, créature immortelle et sensuelle. Le village est en émoi, le curé veut mettre le holà. Arsène, blessé à la tête, se met à confondre rêve et réalité : pour lui, la Vouivre devient une femme de chair et d’os. Non pas une déesse menaçante, avec les serpents qui l’escortent, image qu’on Idi donne parce qu’elle est rejetée de tous, mais une amie sincère, une amoureuse pleine de tendresse, de bon sens et même d’humour. Avec elle, Arsène va vivre des moments inoubliables, incompris de la petite communauté recluse dans ses préjugés. D’un joli romand désuet de Marcel Aymé, Georges Wilson a tiré un joli film désuet, sympathique comme une affaire de famille.

Chimère

Ce film fut le grand mal aimé du dernier Festival de Cannes. Chahuté pendant les projections de compétition officielle, sa sortie en salle en a souffert et fut un échec commercial. La vidéo permet donc de revoir le film loin des passions et, peut-être, de lui découvrir enfin ses vraies qualités. Le sujet du film de Claire Devers (qui reçut la caméra d’or pour son «Noir et Blanc» en 1986) est beau : une jeune femme est enceinte et décide de garder l’enfant contre vents et marées… Elle panique. L’homme avec qui elle vit l’abandonne, elle perturbe sa propre famille et déclenche le drame. Le film cerne bien le couple en crise et pose avec justesse le problème de la responsabilité par rapport à l’enfant qui va naître. Mais il pèche sérieusement par son scénario. L’intrigue piétine dans l’anodin et les dialogues n’évitent pas toujours le ridicule, à force de se vouloir quotidiens. Béatrice Dalle ne joue pas, elle est… elle existe sur l’écran. Comme son partenaire Wadeck Stanczack, elle joue «nature»… Il faut donc éviter de lui mettre en bouche des phrases «clichés» ! Le plus beau personnage du film est celui de la petite fille (interprétée par Julie Bataille que l’on reverra bientôt dans «La Baule-les-Pins» de Diane Kurys). Prise au piège de ce couple qui se déchire, elle est la blessure et l’âme du film. Pour elle, il faut voir « Chimère ».

Distant thunder

Le film de Rick Rosenthal s’inspire de faits réels : des hommes, vétérans du Vietnam incapables de se réintégrer à la vie civile, vivent encore en plein nature sauvage, à l’écart de toute civilisation. Au-delà de ce point de départ authentique, tout le reste de «Distant thunder, l’enfer après l’enfer» est fiction, mais la grande qualité du film est de capter, avec un maximum de justesse, le désarroi de ce père de famille, ex-soldat du Vietnam qui s’est réfugié pendant Seize ans au-près de ces camarades de combat aussi paumés que lui et qui a décidé de retrouver la société et d’affronter le regard de son fils qu’il n’a pas vu depuis sa naissance. Distant thunder«Distant thupder» raconte cette rencontre, ce difficile apprivoisement d’un fils qui ne comprend pas et d’un père qui ne peut oublier. John Lithgow et Ralph Macchio sont parfaits de sensibilité. Ils donnent une âme à ce film qui passe quelquefois à côté de l’essentiel (la dimension humaine) pour céder au spectaculaire violent et gratuit. Un nouveau témoignage sur le traumatisme d’une génération d’Américains.