Enfin, la suite de l'interview

Le gouvernement a annoncé une baisse pro chaine de la TVA (18,6% au lieu de 33,3%) sur les cassettes vidéo. Allez-vous répercuter cette baisse sur le prix de vente ?
D’abord, je voudrais dire que je suis comme saint Thomas, et je me suis réjoui seulement il y a quelques jours, lorsque Pierre Bérégovoy l’a annoncé officiellement. L’Assemblée doit entériner le projet. Bien entendu, nous répercuterons cette baisse sur les produits. Ça devrait donner un coup de fouet à toute la profession et surtout aux vidéoclubs et aux réseaux de vente, même si dans ce dernier cas les tarifs étaient déjà au plus bas. On peut aussi rêver que la NA sera un jour à 7%, quitte à créer un fonds de soutien destiné à la production française, qui est assez maltraitée actuellement.
Que voulez-vous dire?
Les films français sont relativement chers et, jusqu’à un passé récent, ils bénéficiaient d’une protection télévision assez faible. Enfin, les films américains ont plus la cote auprès des vidéophiles.
Vous pratiquez une politique de vente aux vidéoclubs pour la location, mais aussi une politique de vente aux grandes surfaces. Comment s’effectue cette cohabitation ?
La vente en grandes surfaces représente pour nous un nouveau moyen d’amortir les films après leur diffusion dans les vidéoclubs. Cela représente 40% de notre chiffre d’affaires. Bien entendu, il faut laisser le temps à ces derniers d’exploiter le titre. S’il y a eu quelques abus auparavant de la part de certains éditeurs, je pense qu’aujourd’hui la hiérarchie de distribution est globalement respectée. Delta ne propose ses films à la vente que six mois à un an après la vente aux vidéoclubs, selon le succès desdits films. Je tiens à dire tout de même qu’il y a un bon nombre de vidéoclubs qui n’ont pas saisi la chance de constituer un département de cassettes à la vente dans leur établissement. Il se profile aussi un troisième mode de diffusion des cassettes, qui doit permettre de toucher l’ensemble des possesseurs de magnétoscopes. Pour Delta, il s’est agi de proposer quelques films en packs, avec une ou plusieurs cassettes vierges. Nous avons enfin un projet de vente par correspondance avec la Redoute.
Comment voyez-vous la distribution idéale ?
La meilleure solution pour moi serait de proposer d’abord les cassettes à la vente dans les grandes surfaces à un prix moyen puis, un mois après, les proposer dans le système locatif des vidéoclubs à un tarif beaucoup moins élevé qu’actuellement. Ce système paraît logique si l’on tient compte de la clientèle vidéo. Pour ce faire, il faut que tout le monde joue le jeu… De toute façon, je pense, hélas, qu’il ne restera pas plus de 1000 vidéoclubs sérieux d’ici un an. Mais parallèlement, il y aura de plus en plus de clubs « corners » dans les bureaux de tabac, les stations-service, etc. Cette situation risque de bouleverser les politiques de diffusion des éditeurs.
Delta est l’un des rares éditeurs indépendants à avoir survécu à la domination des majors compagnies. Quel est le secret ?
Sans minimiser la valeur de mes confrères qui appartiennent à des majors, il faut dire que nous prenons des risques financiers, immédiats ou à long terme, qu’ils ne prennent pas. Nous avons des rapports privilégiés avec certains producteurs, mais nous nous trouvons de plus en plus en concurrence directe, au moment de l’achat, avec ces grosses compagnies qui ne se limitent pas à leurs catalogues. Les indépendants n’ont pas le droit à l’erreur… Nous allons exploiter pendant trois ans le catalogue Cannon, et cela n’a pas été simple de l’obtenir.
Justement, comment avez-vous réussi à signer de tels contrats ?
Effectuons un bref retour en arrière. Il faut rappeler qu’au bout de quelques années d’exploitation, Delta a trouvé des partenaires de poids, en l’occurrence Etudes et Communications qui a pris 40% des parts de la société. Lorsque l’on sait qu’Etudes et Communications appartient à plus de 50% à la Générale des Eaux, on comprend comment Delta a pu avoir le soutien financier nécessaire à l’acquisition d’un catalogue de plus de 4 millions de dollars. Dans ce cadre, nous fonctionnons presque comme une major.
Le grand moment de Delta fut l’acquisition de « Rambo 2 »…
A l’époque, nous n’avions pas le poids financier actuel et je tiens à remercier les grossistes et les vidéoclubs qui ont joué le jeu avec notre petite équipe. Aujourd’hui, je peux dire que l’opération à rapporté 8 millions de francs de chiffre d’affaires pour le marché locatif et plus de 2 millions à la vente pour un investissement hors promotion de 500 000 dollars. 3M a vendu récemment 120 000 cassettes sous forme de bipack en trois mois. A l’heure actuelle, nous estimons avoir touché près d’un million de personnes, qui ont acheté ou loué « Rambo 2 ». La sortie de « Rambo 3» devrait nous permettre de poursuivre sur cette lancée.
Quels sont les titres importants, du catalogue Cannon, dont on peut déjà annoncer la sortie ?
Nous parions, pour 1989, surtout sur « Double détente » avec Schwarzenegger, ou « Rambo 3 ». En ce qui concerne Cannon, il y a par exemple « Hanna’s war » avec Maruschka Detmers, et des films avec Chuck Norris. Nous investissons en ce moment pour 1990 et même pour plus tard. Nous achetons de plus en plus sur synopsis.
La télévision est-elle l’ennemie de la vidéo ?
Disons que la télévision représente une part énorme du temps de loisir des gens, qui regardent des films, mais également du sport ou des variétés. La multiplication des chaînes n’a fait qu’amplifier le phénomène. Il faut que la vidéo se défende, avec ses armes, comme la liberté de choix et un catalogue énorme à disposition, pour attirer les gens dans les vidéoclubs. Il faut aussi que ceux-ci s’adaptent à ces nouvelles réalités et proposent un meilleur service à leurs clients.
Pensez-vous que la qualité médiocre des cassettes est toujours d’actualité ?
On ne peut pas dire ça. Depuis quelques années, il y a eu de notables améliorations des produits. S’il y a encore des problèmes, il ne faut pas mettre en cause uniquement les éditeurs, mais l’ensemble de la chaîne, du laboratoire de duplication jusqu’au consommateur qui abîme une cassette parce que ses têtes de lecture sont usées.
Pour conclure, pouvez-vous nous dire ce que vous envisagez de faire pour fêter les dix ans de la vidéo, en l’occurrence la naissance du premier vidéoclub fin 1978?
Je trouve que c’est une date symbolique et qu’il serait intéressant de marquer le coup. Ce serait une bonne initiative si elle était conçue par l’ensemble de la profession. Encore une fois, j’attends pour voir…
Dites-nous comment vous est venue l’idée de tourner un film avec des ours pour personnages principaux ?
En fait, ce projet me tenait à cœur depuis six ans. C’est avant même de tourner « Le nom de la rose » que l’idée m’en est venue. Durant « La guerre du feu », je m’étais passionné pour le comportement humain. L’envie de faire un film sur les animaux en a tout naturellement découlé. C’est la suite logique de « La guerre du feu ». « L’ours » repose sur la même démarche : faire en sorte que des contemporains puissent s’identifier à des animaux. Ceux-ci ont un pouvoir d’attirance très grand. Il y a donc chez nous un désir de les comprendre. Le spectateur va devenir ours sans se poser la moindre question. C’était ça le défi.
Comme à votre habitude, la préparation du tournage a dû être très longue et minutieuse…
La première difficulté a été de dresser des ours pour qu’ils puissent tenir le rôle que Gérard Brach et moi-même leur avions écrit. Il fallait une très grande discipline pour que les ours fassent exactement ce qui était prévu. J’ étais ainsi obligé de respecter le storyboard (histoire dessiné plan par plan NDLR) à la lettre. Les animaux avaient été dressés et entraînés en fonction de nos décisions préliminaires. Je n’ai pas pu m’écarter de ce qui était prévu. Les gens vont peut-être croire que le film laisse une grande place à l’improvisation. Nous avons cependant répété aussi longtemps qu’il le fallait pour que chaque séquence puisse se tourner. Le storyboard comportait 1 700 plans. Nous en avons tourné 1 700. C’est comme un puzzle ou chaque découpe est préméditée. La seconde difficulté à été de trouver le décor idéal. J’ai parcouru la terre entière à sa recherche : le Colorado, l’Utah, la Colombie britannique, l’Alaska, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. Seules les Dolomites, les Alpes du Sud m’ont offert l’originalité que je cherchais.
C’est la troisième fois que vous faite appel à Gérard Brach pour l’écriture du scénario. Le couple Annaud/Brach est il indissociable ?
Pas forcément. Mais effectivement, le tandem Annaud/Brach fonctionne bien. Gérard a une façon très visuelle de concevoir les scénarios. Il a toujours en tête la force des images. Sa plus grande originalité n’est pas dans le dialogue, mais dans l’art qu’il possède à entrechoquer les scènes visuelles. Nous avons tous les deux une passion pour les univers étranges, inusités. Lorsque nous écrivons, nous nous attachons davantage à l’histoire qu’aux interprètes. Il ne faut jamais pervertir l’écriture en pensant, au moment de l’élaboration du scénario, à un acteur précis. Ou alors, vous écrivez pour un archétype. Faux d’ailleurs, car si vous avez pensé à Depardieu, cela donne quoi ? C’est le précédent rôle de Depardieu que vous voulez refaire ? Il ne faut pas partir d’un acteur, mais d’un scénario. Les comédiens sont les premiers à souhaiter interpréter un vrai personnage, et non une coquille vide.
En quelques mots, racontez-nous l’histoire de « L’ours ».
J’ai situé l’action de « L’ours » en 1896. C’est un film sur le pardon. Je crois en la générosité et la compréhension qui peuvent exister entre l’homme et l’animal. Et entre deux ours. L’histoire est simple. Un ourson voit sa mère disparaître dans un éboulis de rochers. Il se retrouve seul et désemparé au milieu d’une nature hostile. Aussi, lorsqu’il croise sur son chemin un ours adulte qui vient d’être blessé par des chasseurs, il décide de le suivre. Peu à peu, une affection va naître entre les deux ursidés. Ce sont leurs rapports et leur comportement que j’ai voulu décrire. Ajoutez à cela deux chasseurs qui n’ont de cesse de les traquer.
Tourner avec des animaux a dû impliquer maintes contraintes techniques…
Les ours ont toujours joué leur rôle à la perfection. C’est au niveau technique que nous avons eu des problèmes. Pour filmer, ne serait-ce qu’un regard animal, il nous fallait trois caméras. Donc trois opérateurs, trois machinistes, trois assistants, et de la pellicule à n’en plus finir. Le gros problème était de cacher les dresseurs pendant que nous filmions. Ces bêtes sont généralement dressées à l’intérieur de parcs entourés de « fil à vache » qui désigne leur territoire. Personne n’a le droit de le franchir. Dans un sens, comme dans l’autre. Cette fameuse protection a nécessité un « maquillage » spécial : cacher les poteaux avec des arbres ou des rochers, peindre les fils électriques. Pour réaliser un plan de quelques secondes; il fallait généralement des journées de travail. Nous avons fait ça 1 700 fois !
Un tel projet (NDLR : 25 millions de dollars) a dû être extrêmement difficile à concrétiser. Qui vous a produit ?
C’est Claude Berri qui, après des hésitations bien légitimes, a financé « L’ours ». Nous étions convenus que, si « Jean de Florette » et « Manon des Sources » étaient des succès, nous ferions « L’ours » ensemble. Claude m’a ainsi signé un chèque en blanc en me disant : «fais, avec cet argent, le scénario que tu veux ». Le projet l’enthousiasmait. Il a cependant pâli en prenant conscience de la mise en scène colossale que « L’ours » allait nécessiter. Je ne peux pas lui en vouloir pour cela. Bien au contraire ! « L’ours » est donc un film 10001e français.
De « Coup de tête » à « L’ours », quels rapports avez-vous eu avec vos acteurs ?
Avec Patrick Dewaere, nous nous sommes merveilleusement bien entendus. Nous étions pourtant différents pour mille raisons. Cependant, nous éprouvions une infinie tendresse l’un pour l’autre. J’ai également eu de très bons rapports avec Sean Connery.. Je m’entends très bien avec cette race d’acteurs. C’est un type tellement professionnel. Il exige beaucoup du metteur en scène. Ce n’est pas quelqu’un qui improvise. Ce qui est rare, c’est sa très grande beauté physique malgré son âge. Ou à cause de son âge… -Pour « L’ours », j’ai fait pas mal de castings d’acteurs, et mon choix, pour le rôle d’un des deux chasseurs, s’est arrêté sur Tcheky Karyo. C’est une personne très impulsive, dévouée, courageuse et déterminée. C’est un homme qui bouge. Je le trouve en plus très photogénique. J’ai eu beaucoup de plaisir à tourner avec Tcheky.
Comment conciliez-vous votre travail de réalisateur de longs métrages et celui de réalisateur de spots publicitaires ?
Je ne concilie rien. Je ne fais plus de pubs. J’ai longtemps vendu mon savoir-faire. Pas mon âme. Désormais, je fais ce en quoi je crois. Financièrement, je gagne mieux ma vie au cinéma. Je pourrais encore faire fortune dans la publicité. Mais que faire de cet argent ? Lorsque Con vit dans le luxe, on n’a rien à défendre. On ne peut se passionner que pour la surface des choses. Je me bats pour le fond des choses. Avoir un prix pour un film publicitaire me fait plaisir, mais vend r e des bagnoles, c’est mon truc !
En tant que cinéaste, que pensez-vous des nombreuses interventions publicitaires, dans Iles films, sur certaines chaînes de télévision ?
En tant que cinéphile, je ne regarde jamais un film à la télé. C’est clair. Je visionne déjà assez difficilement des cassettes parce que j’ai peur d’être dérangé quand je suis chez moi. Je veux voir un film du début à la fin, sans coupures. Le téléphone ou une intervention familiale, même discrète, me perturbent. Lorsque j’ai une cassette vidéo, je ne la regarde que très tard. Sauf si c’est un film que je connais déjà et que je revois pour en savourer quelques scènes, ou mieux en apprécier certains détails techniques. Je pense que les téléspectateurs sont assez grands pour se rendre compte que la qualité de leur soirée sera meilleure s’ils louent une cassette, regardent un film sur une chaîne cryptée, ou vont au cinéma. Sur TF1, La 5 ou M6, les films sont sans arrêt interrompus par la pub. Vous verrez, les choses changeront. TF1 ressemble aux grandes chaînes de télévision américaines des années 50, période pendant laquelle le cinéma US a chuté.
Dans quel nouveau projet fou allez-vous vous engager dans les mois qui viennent ?
A vrai dire, j’ignore encore quel sera mon prochain film. Je pense que « L’ours » va marquer une étape dans ma carrière. Pour moi, l’aventure de ce film prendra fin dans six ou sept mois, lorsqu’il sera sorti dans tous les pays du monde. En fonction de l’état dans lequel il me laissera, j’envisagerai alors d’autres projets. Après avoir fait un film sur les primates, les moines puis les ours, j’ai envie de faire un film avec des femmes. Je crois que ça se comprend facilement…

Liaison idéale

« Belle, moi ? Meryl Streep ou Dianne Wiest le sont à leur façon. Pour ma part, j’aurais tendance à me classer dans la catégorie des petits canards ». Mise en vedette l’an dernier grâce à son ébouriffante prestation dans « Les sorcières d’Eastwick » de George Miller (Warner), cette ex-Miss Orange County (nom de sa bourgade natale) revient de loin. Héroïne de « Grease 2 » (CIC Vidéo) en 1982, elle a bien failli en rester là tant le film est mal accueilli lors de sa sortie. Un an plus tard, elle est glaciale à souhait en femme d’Al Pacino dans « Scarface » (CIC Vidéo), poursuivie par d’inquiétants personnages dans « Série noire pour une nuit blanche » (CIC Vidéo). Mais, rien à faire : sa carrière ne décolle pas. Michelle Pfeiffer devra attendre le film de Miller et, surtout, la sortie de « Married to the mob » en 1988 pour accéder à la célébrité. A elle, les beaux rôles désormais. C’est ainsi qu’après « Tequila sunrise » de Robert Towne, elle a achevé, cet été, le tournage des « Liaisons dangereuses » de Stephen Frears où elle est la victime désignée des intrigues échafaudées par une machiavélique Glenn Close.

Glamour toujours

Wall StreetKevin Costner, son partenaire dans « Sens unique » (GCR), la compare volontiers à lita Hayworth et aux autres reines de l’écran des années 40. Ceci explique pourquoi, dans l’esprit de certains, Sean Young demeure cette créature froide et sophistiquée à laquelle font appel quelques metteurs en scène en manque de « femme-objet élégante, racée et tout et tout ». Dans « Blade runner » (Warner), la demoiselle se faisait déjà remarquer pour son look de mondaine éthérée se demandant ce qu’elle fabrique dans un film de science-fiction. Quelques pochades sans importance plus tard, et revoilà l’actrice plus chic et choc que jamais dans « Sens unique ». Chic pour ses tenues BCBG, choc pour une scène d’amour olé olé qu’elle a avec Kevin Costner. Quelques mois plus tard, Sean campe dans « Wall Street », et selon ses propres termes, l’épouse « bafouée, humiliée mais élégante » de Michael Douglas. Mais suite à divers désaccords, son rôle est réduit lors du montage. Qu’à cela ne tienne : Sean affirme puiser dans la lecture de la Bible l’énergie nécessaire à sa vie. On s’en serait douté…